La prostitution en Thaïlande

9 Jan

La prostitution en Thaïlande procède toujours d’un rapport à « l’étranger ».

Celui-ci peut être du proche ou du lointain, mais il vient d’ailleurs, à l’aune d’une

pratique inscrite dans la mobilité. Le tourisme entre dans ce schéma, tout comme

le Farang endosse involontairement les habits du « riche » polygame.

Dès lors,  pendant qu’il s’approprie une jeune Thaïe, sa belle-famille fait de même avec lui,

celle-ci voyant dans le mariage avec un Farang l’occasion de subvertir un ordre

hiérarchique très pesant qui surdétermine les effets d’une origine modeste.

Nous l’avons vu, les représentations que suscite le tourisme sexuel au sein de

la société thaïlandaise sont multiples et discordantes. Elles métaphorisent des

enjeux de pouvoir et un antagonisme larvé entre les élites urbaines et la frange

rurale, pauvre. Pour saisir ces nuances et s’extraire d’une appréhension simpliste

du phénomène, il fallait l’interpréter par référence au faisceau complexe de causes

internes et externes dont il est l’aboutissement. L’ampleur prise par le marché de

la prostitution en Thaïlande n’apparaît pas dès lors réductible à la seule demande

touristique, même si celle-ci joue les premiers rôles dans la perpétuation d’une

image fantasmatique du pays. En rapport avec une longue tradition de polygamie

et de mercantilisation des femmes, avec une interprétation populaire très accommodante

de l’acte méritoire bouddhique et du fait aussi d’une économie nationale

qui repose sur le principe des migrations tournantes, la demande intérieure prévaut.

La prostitution répond d’abord et avant tout aux désirs des hommes

thaïlandais. D’où la tolérance et même la connivence qu’ils manifestent envers les

clients mâles farang, d’où aussi une tendance générale à dédramatiser le phénomène,

y compris dans les plus hautes sphères de l’État.

La prostitution est conçue comme une activité temporaire en Thaïlande, qui

ostracise moins celles qui s’y adonnent qu’elle n’a jusqu’à présent favorisé leur

promotion. Hier comme aujourd’hui, tendue vers la quête d’un bon mari, elle a

sans doute été la condition première de nombreuses unions entre femmes thaïes

et migrants chinois. Ce faisant, elle a favorisé la « thaïsation » des seconds. À

l’heure de la mondialisation, dont le tourisme international est un puissant

vecteur, elle épouse la tendance en ouvrant à sa manière le pays sur le monde :

l’union avec les corps étrangers qui est à son principe revêt désormais une dimension

planétaire. La résonance sur le plan identitaire d’une telle ouverture reste à

analyser. Notons malgré tout l’« appropriation » très ambivalente de métis célèbres

résidant à l’étranger comme Pui, Miss Univers 1988, ou plus récemment le

golfeur Tiger Woods et l’usage dans la presse de l’expression peu flatteuse de Thai

thiam (« Thaïs artificiels ») pour les qualifier.

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